S'amuser en temps de crise : les espaces sécurisés essentiels pour le bien-être des enfants
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« La santé mentale n'est pas un luxe. C'est une nécessité », déclare Sara, chargée de projet chez Medair.
Par un après-midi ensoleillé de novembre, l'équipe Santé mentale et Soutien psychosocial (SMSP) de Medair s'est réunie dans le nord de la Plaine de la Bekaa pour organiser une journée de sport et de jeux pour les enfants de la région. Le temps était étonnamment doux et l’on pouvait sentir l’espoir dans l’atmosphère. Les enfants sont arrivés les uns après les autres sur le terrain, plus de soixante d’entre eux, impatients, énergiques et prêts à se défouler.
Nous les avons répartis en groupes selon leur niveau scolaire. Un groupe d'élèves de primaire a attiré mon attention. Ils jouaient à une version de statue musicale. Dès que la musique K-pop retentissait depuis les haut-parleurs, le groupe se mettait instantanément à danser, à rire et à tourner jusqu'à ce que la musique s'arrête. Es enfants devaient alors regagner la place qui leur était désignée au sol le plus rapidement possible pour ne pas être éliminés. Leur joie était contagieuse, et leurs visages me rappelaient ma famille. Beaucoup de ces enfants ont le même âge que mes neveux et nièces. Ils ont dans leurs yeux cette étincelle indéniable qui caractérise l'enfance partout dans le monde.
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Comme je ne travaille pas pour l’équipe qui anime ce type d’activités, les enfants ne me connaissaient pas et étaient assez curieux. Certains m'ont adressé des sourires timides. D'autres, plus téméraires ou plus âgés se sont approchés pour pratiquer leur anglais : « What is your name ? », « Where are you from ? ».
Un garçon vêtu d'une tenue complète de basket-ball s'est approché avec détermination. Il a commencé à énumérer les sports qui m’intéressaient peut-être, s'arrêtant après chacun d'eux pour évaluer ma réaction. Lorsqu'il a dit « Basket-ball ? », mon « Oui ! » enthousiaste a instantanément illuminé son visage.
« Tu joues ? » m'a-t-il demandé, soudainement sérieux.
Avant même que je puisse répondre, une fille s’était précipitée pour aller chercher un ballon de basket. Un autre équipier de Medair s'est joint à nous et, en quelques instants, nous étions en plein match de basket à quatre. Pendant un bref instant, j’ai cru me retrouver sur le terrain de mon enfance, à jouer des matchs improvisés avec mes sœurs et mon père le samedi matin. Les rires, les passes, le jeu... tout cela m‘était familier et rassurant.
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©Medair/Abdul Dennaoui
Mais derrière l'insouciance de cette journée se cache une réalité plus profonde.
Les enfants de cette région grandissent dans un climat de peur et d'anxiété. C’est le bourdonnement des drones au-dessus de leurs têtes qui leur est familier. Ils ont vu des avions de chasse envahir le ciel. Ils ont vécu des frappes aériennes et des affrontements qui rendent les nuits longues et pesantes. Des décennies de conflit et l'escalade de la violence au cours des derniers mois ont façonné leur conception de ce qui est « normal ».
Leurs jeunes esprits sont encombrés par l’inquiétude, l’anxiété, la perte de repères et de routines, les tensions à la maison et l'incertitude constante face à l’avenir. Dans un tel environnement, l'enfance ne peut être considérée comme épanouie. Le sentiment de sécurité ne peut être tenu pour acquis.
C'est pourquoi le soutien en santé mentale offert par Medair compte tant. Pourquoi le soutien des donateurs et des partenaires est si important. Pourquoi des journées comme celle-ci sont précieuses.
Grâce aux activités physiques et sociales, le jeu devient plus qu'un simple divertissement, il devient un outil essentiel de guérison. Un moyen pour les enfants de se libérer du stress, de reconstruire la confiance, d'exprimer leurs émotions et de créer des liens entre eux. Avec l'accompagnement de bénévoles communautaires formés, ces séances offrent aux enfants l’occasion d’être simplement des enfants : bruyants, joyeux, imaginatifs et libres.
À la fin de cette journée active, alors que le soleil se couchait à l'horizon, les enfants sont rentrés chez eux, plein de joie, le sourire aux lèvres, se rappelant des moments forts de la journée. Leur bonheur était palpable même après leur départ.
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Cet après-midi nous a rappelé à tous quelque chose d'essentiel : la santé mentale n'est pas un luxe. C'est une nécessité.
Et les moments de légèreté, même pendant les périodes difficiles, peuvent aider à préserver la joie intérieure d’un enfant.
Alors que je reprends ma routine bien remplie, je garde en tête l'image de ces enfants jouant librement sur l’aire de jeux. Leur joie n'est pas naïve. Elle est courageuse. Par les espaces sûrs que nous mettons en place et les activités que nous proposons, nous veillons à ce que cette joie perdure.
Le travail de Medair au Liban est rendu possible grâce au financement du ministère fédéral allemand des Affaires étrangères (AA), de la Coopération suisse au développement par l'intermédiaire d'Interaction-CH, de la Fondation Un pas avec Toi sous l'égide de la Fondation Apprentis d'Auteuil, du département d'État américain et de généreux donateurs privés.
Ce contenu a été produit à partir de ressources recueillies par les personnes que nous servons sur le terrain et au siège de Medair. Les opinions exprimées ici sont celles de Medair uniquement et ne doivent en aucun cas être considérées comme reflétant l'opinion officielle d'une autre organisation.
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