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Enfants traumatisés : Le récit d’une mère face à l’escalade du conflit au Liban

March 17, 2026
par Medair
Liban
Une mère raconte comment elle a fui avec ses enfants pendant les frappes aériennes qui ont dévasté le Liban ces derniers jours. Des centaines de milliers de personnes et familles déplacées se sont réfugié dans des abris bondés.

Beyrouth, le mars 2026 — Aux premières lueurs du matin, la vie de Sahara, 28 ans, a basculé en quelques minutes. Serrant son fils Karim contre elle, elle a fui son domicile alors que les frappes aériennes faisaient trembler le sud du Liban.

« Je me souviens encore du moment où nous avons dû partir », raconte-t-elle, la voix tremblante. « Mes deux fils, Ahmad et Karim, dormaient encore. Mon mari et moi préparions le petit-déjeuner. Tout à coup, mon téléphone s’est mis à vibrer sans arrêt… des alertes d’évacuation forcée venaient d’être émises près de chez nous. J’ai paniqué. Tout mon corps tremblait. Mon mari a fait son maximum pour garder son calme pendant qu’il réveillait les enfants ; il ne voulait pas les effrayer. Moi, j’ai attrapé ce que je pouvais, j’ai pris mes enfants et nous avons couru. Au loin, les frappes se faisaient entendre. J’avais l’impression que le ciel était en train de s’effondrer. »

La famille a pris la route vers les montagnes aux abords de Beyrouth. Mais partout où ils s’arrêtaient, les maisons étaient déjà pleines de familles fuyant les bombardements. Finalement, ils ont trouvé refuge dans une école publique convertie en abri collectif.

La salle de classe où Sahara, Libanaise déplacée âgée de 28 ans, trouve refuge avec sa famille dans une école publique convertie en abri collectif, dans le district du Chouf, au Mont-Liban, à 34 kilomètres au sud de Beyrouth, le 5 mars 2026. ©Medair/Abdul Dennaoui

« L’école est bondée », explique Sahara. « Toute ma famille élargie — nous sommes 24 — est entassée dans trois salles de classe. Nous dormons à même le sol. Il n’y a aucune intimité. Nous comptons simplement les jours en espérant pouvoir rentrer chez nous. »

Même si la famille a encore quelques économies et reçoit un peu d’aide, l’inquiétude ne la quitte pas.

« Tout ce que je veux, c’est un lieu où ma famille puisse se sentir à nouveau en sécurité. Ne pas savoir ce qu’est devenue notre maison est très difficile. Chaque nuit, je prie : “Mon Dieu, protège notre maison, protège notre famille. Même aujourd’hui, je revois encore mon petit Karim trembler dans la voiture pendant que nous prenions la fuite. »

Sahara, 28 ans, Libanaise déplacée, tient dans ses bras son fils Karim, 4 ans, dans la salle de classe où sa famille est actuellement hébergée dans une école publique transformée en abri collectif, dans le district du Chouf, au Mont-Liban, à 34 kilomètres au sud de Beyrouth, le 5 mars 2026. ©Medair/Abdul Dennaoui

Ce n’est malheureusement pas la première fois que Karim échappe de justesse aux horreurs du conflit. Lors d’une autre vague de frappes aériennes en 2024, il a été grièvement blessé alors que la famille tentait déjà de fuir.

« Des éclats ont frappé notre voiture et les vitres ont explosé », se souvient Sahara. « Quand je me suis retournée, j’ai vu le visage de Karim couvert de sang. Il avait une profonde entaille sur le front. Mon mari l’a immédiatement pris dans ses bras et l’a conduit à l’hôpital le plus proche. »
Karim a survécu — mais les conséquences ont été lourdes. « Après sa guérison physique, il a commencé à avoir des difficultés à parler et à bouger. Petit à petit, nous avons dû lui réapprendre à marcher et à parler. »
Pendant des mois, leur quotidien a été rythmé par les séances de thérapie, les visites à l’hôpital et les soins constants. « Toute notre vie s’est organisée autour de sa guérison. Et aujourd’hui, la guerre revient. Il a de nouveau peur. Et moi… j’ai peur de ce que cela va lui faire. À lui, et à toute notre famille. »

Depuis l’escalade du conflit le 2 mars, le Liban subit de nouvelles vagues de frappes aériennes. Elles ont déjà fait 687 morts, dont 98 enfants, et plus de 304 blessés. La violence provoque également des déplacements massifs de population. Plus d’un demi-million de personnes ont été contraintes de quitter leur foyer. Aujourd’hui, plus de 120 000 personnes vivent dans près de 600 écoles publiques converties en abris collectifs.

Dès l’ouverture de l’abri collectif où s’est réfugiée la famille de Karim, les équipes de Medair sont intervenues pour soutenir les familles déplacées. La famille a reçu des articles essentiels, notamment des couvertures et des matelas, afin de garantir un minimum de confort et de dignité pendant leur séjour dans l’école.

Kirollos Fares, Directeur pays de Medair au Liban, souligne l’ampleur de la crise : « À peine cinq jours après le début de cette escalade, nous voyons des ordres d’évacuation forcée d’une ampleur sans précédent. Les familles doivent tout quitter en quelques heures, sans savoir où aller ni combien de temps elles resteront loin de chez elles. »

Medair élargit son action pour répondre aux besoins urgents à Beyrouth, au Mont-Liban, dans la Bekaa et dans le sud du pays. Depuis le début de l’escalade, les équipes ont distribué plus de 85 000 articles essentiels — notamment des matelas et des couvertures — à 27 343 personnes. Des unités de santé mobiles soutiennent les personnes déplacées dans les abris collectifs et des bénévoles communautaires et sage-femmes ont été formés pour fournir des premiers secours psychologiques. D’autres activités visent à réduire la détresse aiguë et à orienter les personnes les plus vulnérables vers des soins spécialisés.

« Nous sommes reconnaissants pour le soutien que nous avons reçu », dit Sahara. « Cela nous donne un peu d’espoir, un peu de force. Mais tout ce que nous voulons, c’est une vie stable — une vie loin de la peur et des difficultés. Juste une vie normale. » Ayant fui avec très peu d’affaires, Sahara et sa famille ont reçu des matelas, des couvertures, des tapis de couchage et des lampes solaires à leur arrivée dans l’abri. Ces articles essentiels permettent non seulement de retrouver un minimum de confort et de dignité, mais aussi de recréer un espace plus sûr et plus chaleureux pour recommencer à vivre au quotidien malgré l’incertitude.


©Medair/Abdul Dennaoui

Les activités de Medair au Liban sont soutenues par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), le ministère des Affaires étrangères américain, le Département Suisse du développement et de la coopération via Interaction-CH, le Fonds humanitaire pour le Liban/OCHA, le Bureau fédéral des affaires étrangères en Allemagne, la Coopération monégasque pour le développement, la Métropole de Grenoble, l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, et par de généreux donateurs privés.

Ce contenu a été élaboré à partir de ressources recueillies par le personnel de Medair sur le terrain et au siège. Les points de vue qui y sont exprimés n’engagent que Medair et ne reflètent en aucun cas l’opinion officielle d’autres organisations.

March 17, 2026
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